Ce site est le résultat des recherches menées par des membres de l’association (Jean-Marcel Humbert, Nicole Jacques-Lefèvre, Annie Musitelli, Michèle Alfonsi, Marie-France Auzépy) sur l’histoire du Louxor et de sa programmation. Par ailleurs, nous avons suivi, grâce aux visites de chantier sous la conduite des architectes Philippe Pumain et Christian Laporte, et aux rencontres avec les divers intervenants (restaurateurs et décorateurs, acousticien, scénographe, mosaïstes), toutes les étapes de la réhabilitation du bâtiment, depuis la présentation du projet par l’architecte Philippe Pumain en novembre 2008 jusqu’à l’inauguration du 17 avril 2013 (rubrique Le chantier du Louxor). Ce site constitue donc une base de données documentaire sur ce cinéma historique et son sauvetage. Depuis l’ouverture de la salle, les Amis du Louxor continuent à l’enrichir pour mieux faire connaître un lieu qui est à la fois un des plus beaux exemples de l’égyptomanie en France et un cinéma Art et Essai dynamique, ancré dans son quartier.
Un ouvrage collectif, Le Louxor-Palais du cinéma, par les Amis du Louxor et l’architecte Philippe Pumain, a été publié en juin 2013 par les éditions AAM (photo ci-contre).
Deux brochures réalisées par les Amis du Louxor (« Le Louxor-Palais du Cinéma » et « Le Louxor a 100 ans », éditée à l’occasion du centenaire du cinéma le 6 octobre 2021) sont également en vente à la caisse du Louxor.
Romain Prybilski nouveau directeur du Louxor
Haut et Court Cinémas, titulaire de la délégation de service public du Louxor, vient de nommer Romain Prybilski directeur du Louxor. Il a pris ses fonctions à la mi-janvier 2026, tout juste deux ans après l’arrivée de Manon Desseauve qu’il remplace.
Titulaire d’une licence Arts du spectacle et d’un master en management de projets culturels (2014), il a été directeur et programmateur du cinéma Les Lobis de Blois (2015-2023), puis directeur des Cinémas Studio de Tours (2023-2026). Nous espérons en savoir bientôt davantage sur les grandes orientations qu’il compte donner au Louxor dans le cadre du renouvellement de la délégation de service public en cours de préparation. Son goût musical à la fois affirmé et varié laisse présager quelques surprises.
25 janvier 2026, Youssef Chahine aurait cent ans
Les hommages se multiplient à l’occasion du centenaire de la naissance de Youssef Chahine (1926-2008), le grand cinéaste égyptien, que l’on célèbre ce 25 janvier 2026.
Le 17 avril 2013, c’est avec un film du grand cinéaste égyptien Youssef Chahine que le Louxor enfin restauré rouvrait ses portes après 30 ans de fermeture et d’abandon. Le film choisi pour cette inauguration, Le Destin (1997), évocation de la vie du philosophe Averroès, rappelait ainsi la place prépondérante qu’a tenue le cinéma égyptien dans la programmation du Louxor de 1978 à 1983, date de la fermeture du cinéma par Pathé. Le film était projeté dans le cadre somptueux de la grande salle au décor égyptisant, qui porte maintenant le nom du cinéaste égyptien.
Le choix du nom
Dès 2010, moins de deux ans après le décès de Youssef Chahine, et alors que les travaux de réhabilitation du cinéma avaient commencé depuis peu, le Conseil de Paris des 10 et 11 mai 2010 avait adopté un vœu proposant d’honorer la mémoire de Youssef Chahine en donnant son nom à une grande salle de cinéma « Le Louxor ».(1)
Dans ce vœu n° 17, Christophe Girard rappelait la personnalité du cinéaste dans un texte qui n’a pas pris une ride et que nous reproduisons in extenso :
« Youssef Chahine, né le 25 janvier 1926 à Alexandrie et mort le 27 juillet 2008 au Caire, fut un artiste complet, à la fois réalisateur prolifique, acteur, scénariste et producteur. Il réalisa une quarantaine de films depuis le début des années cinquante, jusqu’à Chaos en 2006, et jouait dans grand nombre d’entre eux.
Youssef Chahine quitta l’Égypte en 1947 pour étudier près de Los Angeles. Il se révéla rapidement comme un cinéaste audacieux, engagé, fondamentalement indépendant, qui ne recula jamais face aux menaces de censure. Menant de fines analyses de la société qui l’entourait, il donna une audience aux préoccupations sociales, avec Le fils du Nil en 1951 ou Les eaux noires en 1956, année de ma naissance, dénonça le fanatisme religieux, comme dans Le Destin en 1997, et différentes formes d’oppression ou de dérives. Son acharnement en faveur d’un art libre lui valut, en 1984, un séjour en prison pour avoir diffusé un film interdit par la censure.
Sensible et intuitif, il révéla Omar SHARIF dans Ciel d’Enfer en 1954, offrit un rôle singulier et généreux à Dalida dans Le sixième jour en 1986, réalisa plusieurs co-productions importantes avec la France, comme Bonaparte en Égypte en 1985. Il monta, pour la Comédie Française, Caligula de Camus en 1992.
Puis, plusieurs fois convié au festival de Cannes, il obtint le prix du cinquantième anniversaire du festival pour l’ensemble de sa carrière.
Le témoignage collectif auquel il participa suite aux événements du 11 septembre 2001 fut nominé pour le César du meilleur film de l’Union européenne en 2003.
Artiste habité d’une vocation profondément humaine, Youssef Chahine mit tout son art et son talent au service de la tolérance, de l’intelligence, de l’humanisme, ne manquant pas de rappeler la chance et la richesse que constituent nos propres différences sociales ou religieuses.
La Ville de Paris tient à rendre hommage aux valeurs et au patrimoine qu’il nous a légués et à perpétuer ses combats contre toute forme d’intolérance et d’intégrisme.
Pour lui rendre hommage, le choix du Louxor, cinéma mythique au style néo-égyptien, construit en 1921, sauvé et réhabilité par la Ville de Paris, s’est imposé comme une évidence. Cinéma d’art et d’essai, le Louxor proposera, à partir du printemps 2013, une programmation atypique, riche et humaniste, avec trois salles, dont une dédiée aux cinématographies du Sud. La grande salle, d’une capacité de 342 fauteuils, deviendra la salle Youssef Chahine. (2)»
Au terme du cheminement administratif de rigueur, le Conseil de Paris des 25 et 26 mars 2013 autorise le Maire de Paris « à attribuer le nom de Youssef Chahine à la grande salle du Louxor- Palais du Cinéma et à apposer une plaque commémorative à l’intérieur de la grande salle du Louxor ».(3)

Sur l’écran, Youssef Chahine – Le Maire de Paris entouré des élus, de l’équipe de CinéLouxor, de l’architecte Philippe Pumain et d’une foule de journalistes.
La nièce du cinéaste, présente lors de l’inauguration du 19 avril 2013, avait dit son émotion de voir le film projeté dans la salle même qui avait accueilli autrefois d’autres œuvres de Chahine (4) et avait évoqué son œuvre et sa personnalité, en rappelant à quel point il était épris de liberté et amoureux de la France.
De son côté, la 15e édition 2026 du Luxor African Film Festival (dernière semaine de mars 2026) a prévu de célébrer avec éclat ce centenaire par un hommage sous le titre « Youssef Chahine… Une histoire égyptienne », soulignant son impact déterminant sur la représentation du monde arabe et africain au cinéma. « Le président du festival, le scénariste Sayed Fouad, a confirmé qu’un programme spécial sera dédié à Chahine. Celui-ci comprendra la publication d’un livre documentaire bilingue (arabe-français) retraçant sa vie, ses films et son héritage cinématographique. Un grand espace d’exposition vidéo-art sera également consacré à ses affiches de films ainsi qu’à des photographies rares de sa vie et de sa carrière d’acteur. Quatre de ses films les plus emblématiques, récemment restaurés par la société Misr International Films dans le cadre d’un projet de valorisation de son œuvre, seront projetés. Le festival prévoit également d’organiser, tout au long de l’année 2026, des projections parallèles de ces films dans plusieurs pays africains, ainsi que des hommages rendus aux artistes et techniciens ayant collaboré avec Chahine. »
Jean-Marcel Humbert © lesamisdulouxor.fr
Notes
1 – Un prochain article expliquera l’importance de l’article défini écrit avec une majuscule lorsqu’il accompagne le nom du cinéma.
2 – Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, N° 4-5, vendredi 2 juillet 2010, p. 430-431 : Débats du Conseil municipal de Paris, séance des lundi 10 et mardi 11 mai 2010.
3 – Conseil de Paris, Conseil Municipal, Extrait du registre des délibérations, séance des 25 et 26 mars 2013. 2013 SG 24 Attribution du nom de Youssef Chahine à la grande salle du Louxor- Palais du cinéma, M. Bruno Julliard, rapporteur.
4 – Les films de Youssef Chahine au Louxor :
5 juillet 1978 et 21 mars 1979 : Djamilah (1958) avec Magda Al Sabbahi, Ahmed Mazhar, Salah Zulfikar
Semaine du 11 avril 1979 : Saladin (1963) avec Ahmad Madhar, Leila Fawzi, Mohamed Abdel Gawad
Semaine du 14 septembre 1983 : La Mémoire, une histoire égyptienne, v.o. (1982) avec Nour Al Cherif, Mohsen Mohieddine, Leila Hamada
Histoire et Vies du 10e propose…
Les cinémas Louxor et Grand Rex : deux palais Art déco pour rassembler les foules
Mercredi 26 mars 2025 à 19 h
Auditorium médiathèque Françoise-Sagan,
8, rue Léon-Schwartzenberg
Sur inscription : mediatheque.francoise-sagan@paris.fr
Conférence de Jean-Marcel Humbert et Grichka Martinetti
Décès de Jeannine Christophe, présidente de l’association Histoire et Vies du 10e
Jeannine Christophe vient de nous quitter le 24 janvier 2025 à l’âge de 92 ans
Jeannine en était fière, et elle aimait à le répéter : c’est elle, au nom de l’association Histoire et Vies du 10e, qui avait déposé dès le 21 février 2000 un vœu lors du conseil d’arrondissement afin d’alerter l’attention des élus sur l’état d’abandon du Louxor. Il faut dire que le Louxor l’avait toujours fascinée, essentiellement en raison de ses mosaïques, car en tant qu’historienne et archéologue au sein du CNRS, elle était spécialiste de cette technique. Elle a publié de nombreux articles dans ce domaine, et participé également à des ouvrages collectifs (1). Après des études au collège protestant français de Beyrouth, elle avait en effet poursuivi des études supérieures d’histoire à Paris I – Panthéon Sorbonne, qui lui avaient permis d’acquérir la méthodologie indispensable, qu’elle mit par la suite au service de l’association d’histoire du 10e (HV10) qu’elle crée en 1999, et dont elle est longtemps la présidente (1999-2014) avant d’en devenir la présidente d’honneur tout en en animant le site Internet.
« Antiquité et Cinéma » à la Fondation Pathé
L’Antiquité a inspiré nombre de créations cinématographiques très diverses, de l’époque du cinéma muet jusqu’au XXIe siècle. L’exposition « Antiquité et Cinéma » présentée actuellement à la Fondation Pathé se propose d’explorer cet univers, et met ainsi en valeur les immenses ressources de son propre fonds d’archives mais aussi des œuvres provenant d’autres collections, françaises ou étrangères.
Puisque nous sommes sur le site des Amis du Louxor, rappelons que le péplum, divertissement familial par excellence, fut un genre très populaire au Louxor avant sa fermeture par Pathé en novembre 1983, faisant salle comble alors que la programmation « classique » ne parvenait plus à attirer le public de Barbès. Mais si le péplum connaît son apogée de 1947 à 1965, il est surtout programmé au Louxor après 1960, dans l’espoir de redresser la fréquentation et sauver cette salle de quartier menacée de fermeture. Les péplums, au côté des films d’action, des westerns italiens et des films dit « exotiques » permettront au Louxor de survivre encore quelques années.
L’exposition présentée à la Fondation Pathé ne se contente pas d’évoquer l’émergence du péplum et l’âge d’or des studios hollywoodiens ou italiens dont les héros et héroïnes — Cléopâtre, Spartacus, Samson et Dalila, Hercule, Néron, Néfertiti — ont fait rêver des milliers de spectateurs de tous âges. Elle rappelle aussi l’éclipse totale du péplum à partir de 1965 puis sa résurrection récente, sous des formes parfois inattendues — blockbusters à l’américaine (Gladiator, Troie) ou film au ton loufoque ou parodique (les Monty Python avec leur Vie de Brian ou le long métrage français Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre).
Le visiteur est accueilli par un char romain, utilisé pendant le tournage de Ben Hur (1959), se détachant sur fond d’une magnifique affiche du film de William Wyler.
Liste des péplums programmés au Louxor de 1950 à 1983
Jusqu’à la fin des années 1960, les péplums (à l’honneur du 12 décembre 2024 au 29 mars 2025 dans l’exposition « Antiquité et cinéma » à la Fondation Pathé ) ne représentent qu’une très faible part de la programmation grand public du Louxor, salle du circuit Pathé. Mais à partir de 1967-68, face à la baisse de fréquentation qui met le cinéma en péril, l’exploitant du Louxor cible un nouveau public, celui des travailleurs immigrés qui fréquentent le quartier Barbès ou y vivent. Beaucoup sont des hommes seuls et le cinéma représente un lieu de rencontre et de convivialité. D’autres y viennent en famille pour voir des films grand public. C’est à ces nouveaux spectateurs que s’adresse la nouvelle programmation, dont Pathé se désengage : westerns italiens, films de guerre, mais aussi péplums (surtout italiens ou franco-italiens) vont faire salle comble (jusqu’à 10 000 spectateurs certaines semaines). Certains de ces péplums italiens reviennent régulièrement à l’affiche. Les chiffres de fréquentation étonnants, provenant des tableaux du CNC, sont donc fiables et s’expliquent aussi en partie par le nombre de séances : une moyenne de 35 séances hebdomadaires dans un cinéma permanent de 12h (ou 14h) à 24h.
Même s’ils sont minoritaires par rapport aux westerns italiens, les péplums sont nombreux de 1970 à 1979 puis leur part diminue et ils finissent par être noyés dans la masse des films égyptiens, puis indiens qui constituent la spécificité du Louxor.
On observe que la nature et la qualité de ces péplums changent au fil des décennies. Aux péplums classiques de l’âge d’or — Les derniers jours de Pompéi de Marcel L’Herbier, Samson et Dalila de Cecil B. DeMille, Ulysse de Mario Camerini, La Bible de John Huston ou Cléopâtre de Joseph Mankiewicz—, s’ajoute un nombre croissant des films réalisés à la chaine à Cinecittà et dont les vedettes ne sont plus Kirk Douglas, Charton Heston ou Yul Brenner mais des acteurs de moindre envergure, recrutés avant tout pour leur passé de culturiste et leur musculature impressionnante. Ce sera l’ère des Steve Reeves, Richard Harrison, Reg Park, Gordon Scott, Kirk Morris, Gordon Mitchell, la liste est longue. A l’exception de Steve Reeves (Mr Univers 1950) qui tourna dans des films devenus des classiques du genre comme Les Travaux d’Hercule ou Hercule et la reine de Lydie de Pietro Francisi, ou encore La Bataille de Marathon de Jacques Tourneur, les autres se retrouvent dans nombre de productions de type Maciste (Maciste en enfer / à la cour du Tzar / contre les géants / contre le cyclope, ou dans les mines du roi Salomon, etc.).
Enfin, les derniers péplums programmés au Louxor, entre août 1978 et 1983 (année de la fermeture de la salle par Pathé) sont des films égyptiens et libanais relatant l’épopée du valeureux Antar. Peu nombreux, ils reviennent plusieurs fois à l’affiche, comme les deux films de Niazi Mostafa, Antar le valeureux (1961), programmé ainsi 5 fois ou Antar et la conquête du désert (1969) 3 fois pendant cette période.
La liste qui suit donne une idée de l’évolution de la programmation. Pour en savoir davantage sur le péplum et son histoire, on trouvera en note une brève bibliographie d’ouvrages d’historiens du cinéma.
Sources : Officiel des spectacles, CNC, IMDB et autres sites spécialisés.
Entre parenthèses : nombre de spectateurs par semaine(chiffres CNC).
Le jour indiqué indique le début de la semaine (les films changent chaque semaine).





